Partager l'article ! Marsa Fidjab AU Soudan: On arrive le 25 avril à marsa Fidjab. Surprise, à peine l'ancre mouillée, on voit arriver dans un canoë ...
On arrive le 25
avril à marsa Fidjab. Surprise, à peine l'ancre mouillée, on voit arriver dans un canoë un grand Noir hirsute, sale, qui parle correctement anglais: "je m'appelle Shérif, j'habite le village, je
vous souhaite la bienvenue, et je vous offre six oeufs". Le cadeau est royal, on n'a pas vu un magasin depuis 20 jours, notre petit frigo ne fonctionne pas bien et on n'a plus de produits frais.
Quelques heures plus tard, on débarque pour visiter le village: cinq cabanes en planches et bâches, autour d'un puits d'eau saumâtre. Shérif est en train de donner à boire aux six chameaux du
village. Il nous invite à prendre le café. Pas de porte ni fenêtres, quelques ouvertures. On s'assoit sur le sol, le sable recouvert de nattes. Au centre de la pièce, un petit tas de charbon de
bois pour chauffer le repas. Pas de meuble, quelque gamelles, quelques habits. Deux petites pièces pour une famille de six personnes. Shérif va chaque mois à Port Soudan faire les courses, à dos
de chameau: une journée pour aller, une journée pour les courses, une journée pour revenir, cinquante kilomètres de piste. Le plus grand des garçons, 12 ans, va à l'école. L'état nourrit le midi
les enfants scolarisés. Il part le samedi matin en chameau avec son père, à trois heures de piste. Il reste la semaine chez une tante et revient à la maison le jeudi soir, fin de semaine pour
eux.
Shérif revient le soir à bord. Il sait que l'on a de l'alcool. Il nous demande une lampe torche: çà tombe bien, j'en ai trois à bord, je lui en donne une. Après quelques apéritifs, il me demande si je n'ai pas un poste-radio. Il a de la chance, on a un vieux transistor que l'on n'utilise plus, avec lecteur de cassettes. On met des piles, on reçoit radio Port Soudan. Il est heureux, il nous dit: "maintenant, je suis le plus riche du village, je suis le seul à avoir la radio. Il nous promet un poulet pour le lendemain midi, et une douzaine d' œufs. Le lendemain, à dix heures, je pars chercher quelques coquillages pour le repas, ne croyant pas trop au poulet. A onze heures, Shérif arrive avec son canoë. Il a, entre ses jambes, une magnifique poule naine... vivante. Je lui dit que je la voulais tuée, il me dit: "pas de problème, prête moi un couteau, il va à terre et revient un quart d'heure plus tard avec la volaille prête à manger. Il s'installe dans le carré et demande à regarder les photos sur ma télévision: les photos du voyage et de France sur l'ordinateur. Sa poule naine nous fait tout juste un repas pour trois, mais impossible de casser un os avec ses dents!
C'est le long de cette côte des marsas que notre voyage a commencé à prendre un sens: des villages pauvres accessibles seulement par une piste. Des gens qui se lèvent le matin sans savoir s'ils auront quelque chose à mettre dans leur gamelle pour le repas. Des enfants qui savent déjà, à moins de dix ans, trouver la nourriture qui leur permettra de subsister. Des villages où les aides alimentaires n'arrivent jamais, mais qui demandent seulement qu'on les laissent vivre en paix dans leur désert.
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