Jeudi 11 février 2010 4 11 /02 /Fév /2010 10:14
ty-mor--330-.jpg  Nous voilà arrivés en Afrique du sud. Les choses sérieuses ont commencé en ce qui concerne la navigation. Les instructions nautiques nous avaient prévenus : un coup de vent de sud, quand vous descendez poussé par le courant du Mozambique qui peut atteindre cinq noeuds, peut lever une mer hachée avec des vagues qui peuvent atteindre vingt mètres de hauteur. En partant de Inhabane au Mozambique, pour rejoindre Richard’s Bay au nord de l’Afrique du sud, l’étape devait faire 350 milles. Avec les détours pour remonter le vent, elle a fait 417 miles. On partait donc pour une étape de 3 ou 4 jours. Le problème était que, au Mozambique, il n’y a pas de service météo marine. On recevait la carte météo envoyée 3 fois par jour de Cape Town, mais à nous de l’interpréter. Manque d’habitude, difficulté de prévoir sur trois jours, c’était un peu la loterie, et cette fois-ci, on a perdu. Le premier jour, dès notre sortie de la baie, on a trouvé ce fameux courant qui nous poussait. Un petit vent arrière de dix nœuds et on marchait tranquillement à sept nœuds. En fin d’après midi, devant nous à un mille environ, une baleine. On la regarde sauter hors de l’eau comme si elle jouait, et en se rapprochant on voit deux jets : c’était une mère et son petit. Ils faisaient même route que nous, à environ cinq nœuds. On les à dépassés sur notre tribord à une centaine de mètres : magnifique ! . Le soir, le mousse prend le quart en premier. Vers vingt et une heures, il réveille le capitaine : on arrive dans un orage. On réduit les voiles, le vent tourne, on ne fait plus notre cap, on décide de contourner par tribord. Deux heures plus tard, on en est au même point : l’orage nous suit. Le vent monte, l’enrouleur de foc se coince, on ne peut rouler qu’un tout petit bout. La mer devient abominable, trop risqué d’aller à l’avant réparer, on fait route comme ça. Ty Mor est trop gîté avec trop de voile d’avant. Les vagues sont presque de face. Parfois, il en escalade une qui déferle et s’écroule sous lui : énorme choc, craquement des cloisons, et ça repart. Chaque fois que l’on met la tête dehors pour voir s’il n’y a pas un bateau en face nous, on prend une douche. Il pleut et les embruns volent jusqu’aux barres de flèche, çà pique le visage et çà fait peur. On se dit que, si un bateau arrive sur nous, on ne le verra qu’au dernier moment, il y a trop de montagnes d’eau qui nous bouchent la vue. Dedans, ça fait moins peur, mais des chocs sans arrêt, on se dit que la coque est solide. Dans la nuit, on ouvre la porte des toilettes, et là c’est les grandes eaux : trop gîté, l’eau de mer passe par-dessus bord, et bien sûr une vanne est grippée. Heureusement, la pompe de cale fait son office, elle tourne toute la nuit. Le matin, au jour, c’est toujours aussi mauvais, ça déferle de partout, mais ça ce calme rapidement. Je mets le bateau vent arrière et je vais réparer l’enrouleur. Je peux enfin naviguer avec la voile du temps. On a le vent dans le nez, mais on avance vite, entre sept et huit nœuds. On peut utiliser les toilettes. Je fais du pain, c’est le jour casse-croûte. Quelle hauteur de vagues, quelle force de vent dans la nuit, mystère : sur Ty Mor, rien pour mesurer. On sait que, quand on était avec Manta, on a eu un coup de vent avec des pointes qui dépassaient trente noeuds : c’était de la roupie de sansonnet comparé à cette nuit. La nuit suivante, plus de vent, plus de mer : route moteur peinard. On en avait marre, on voulait arriver le lendemain. Tôt le matin, le vent se lève doucement, sur notre arrière. On est arrivé à sept noeuds sous foc seul. Vers huit heures, sur bâbord arrière, un gros remous : je monte, je regarde, je vois la queue énorme qui sort de l’eau, une baleine fait route sur nous. Elle sort quelques fois, jusqu’à une  vingtaine de mètres de nous, puis elle croise notre route par l’arrière, elle doit passer au ras de notre hameçon, heureusement, elle ne joue pas avec. 
Maintenant, on est au ponton d’une marina avec eau et électricité : deux ans que ça ne nous était pas arrivé. On voit arriver des voiliers de toutes nationalités. Beaucoup viennent du Pacifique, dernière escale La Réunion ou Maurice. On en a vu deux avec les voiles en lambeaux : on est toujours le plus petit voilier, mais pas le moins solide. Manta, dans cette traversée, a perdu deux plaques d’inox qui protégeaient son avant contre l’ancre. Elles étaient rivées. 
Notre prochaine étape, pour Durban, ne sera que de 24 heures : on devrait partir avec une météo correcte. Mais la suivante qui nous conduira à Port Élisabeth, durera trois jours. On n’est quand même pas trop inquiet, on sait ce que l’on peut supporter.
En attendant, la semaine prochaine on loue une voiture pour aller quelque jours visiter un grand parc national où vivent en liberté lions, éléphants, zèbres et toute la faune du coin. On passera par un tout petit pays qui s’appelle le Swaziland. On quittera donc notre marina dans trois semaines environ. En attendant, on se réhabitue à vivre en pays civilisé. On va au supermarché comme en France. Les produits ressemblent quand même plus à ce que l’on trouve en Angleterre. La charcuterie n’est pas terrible. On a voulu acheter un rôti de porc, ils étaient vendus sous cellophane avec des rondelles d’ananas. C’est en général un peu moins cher qu’en France. On paye directement avec la carte bancaire, et maintenant, après les ariarys de Madagascar et les méticais du Mozambique, on se familiarise avec les rands. Il faut onze rands pour faire un euro. On mange un plat au restaurant pour vingt à quarante rands : peut-être le personnel noir est moins cher que le personnel européen. Au supermarché, on se croirait à Marseille, il y a autant de blancs, sauf que les Arabes sont remplacés par des Noirs. Noirs ou blancs, ils sont tous gros ou gras comme des Américains : casse croûte et coca cola. Pour se déplacer, on loue une voiture ou on prend un taxi : tout est loin. Les habitations sont des ghettos de luxe : chaque quartier est fermé par des murs surmontés de fils électriques avec caméras et gardiens armés. En tout cas, ce que l’on voit des quartiers blancs ; les quartiers noirs, on n’a pas vu. On nous déconseille de nous promener à pied le long des routes, trop dangereux. La marina est fermée et gardée. 
Quand le vent est au sud, le pont du bateau devient tout noir et ça sent le charbon : c’est le plus grand terminal charbonnier au monde et c’est le plus grand port d’Afrique du sud. Les cargos entrent et sortent sans arrêt. Les formalités administratives sont simples : l’immigration vient à bord, nous fait remplir un papier chacun et nous donne un visa gratuit pour trois mois. Je pense que ça suffira, dans trois mois, on commencera notre traversée d'Atlantique. Contrairement aux autres voiliers, on voudrait monter jusqu’à la Namibie, histoire de voir comment c’est, et d’avoir un tampon de plus sur les passeports.
Par ty mor - Publié dans : voyage - Communauté : images du monde
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