Mardi 15 décembre 2009
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A Mukalla, il y a le
nouveau port, bien fermé, abrité de la houle, et l'ancien port, pas très bien abrité, celui où l'on doit rester. En arrivant, j'ai bien essayé de pointer mon étrave vers le nouveau port, mais la
police nous a rapidement intimé l'ordre de faire demi tour. De toute manière, je ne voyais pas bien où accoster ou poser mon ancre: c'est plein comme un oeuf. L'ancien port offre l'avantage
d'être situé en plein centre ville. On mouille donc l'ancre vers midi. On est suffisamment près du quai pour débarquer à l'aviron. C'est d'ailleurs souvent du sport à cause de la houle qui
entre.
A peine mouillé, un pêcheur nous accoste avec un douanier à bord. Le douanier, un jeune, ne parle pas Anglais. Le pêcheur, qui est
manchot, le parle très bien. Il nous souhaite la bienvenue, nous demande de présenter nos papiers au douanier, commence à me dire que, ici, les frais ne sont pas très importants, la première
semaine est gratuite. A Aden, on m'avait dit que tous les ports du Yémen étaient gratuits, je suis étonné, mais je ne réponds pas: on verra bien quand on me réclamera l'argent. Le pêcheur me dit
que je dois le payer pour avoir amené le douanier à mon bord: l'équivalent d'un euro. Trois fois plus cher que ce que les passeurs demandaient à Aden pour nous amener à notre bord.
Il commence à m'énerver, je réponds que j'étais capable d'aller moi-même au bureau de douane, je ne lui ai rien commandé donc je n'ai
rien à lui payer. Il se fâche, moi aussi. Il me menace de me laisser le douanier à bord. Je lui dis de partir, de laisser le douanier s'il le veut, on descend dans le carré, on leur dit
« good bye » On entend une discussion houleuse entre le passeur et le douanier, finalement, dix minutes plus tard ils quittent le bord.
Vers quatre heures de l'après midi, on met l'annexe à l'eau et on débarque. J'appréhende un peu l'accueil des douaniers. En entrant
dans le poste, un homme nous souhaite la bienvenue, se confond en excuses pour le comportement du pêcheur, nous présente tous les douaniers en commençant par le chef, se présente comme l'agent
exclusif de Mukalla, et me demande de remplir des papiers. Je lui fais part de mon étonnement d'être reçu par un agent, on m'a affirmé à Aden que ce n'était pas obligatoire. Il me dit que c'est
la tradition, à Mukalla, tout le monde prend un agent. D'ailleurs si j'ai besoin de quelque chose, je ne saurai pas trouver moi même, j'aurai besoin de lui. Alors j'insiste, je ne suivrai pas la
tradition, je ne veux pas d'agent. Qu'il me donne sa carte de visite, si j'ai un problème que je ne sais résoudre, j'irai le voir. Il est conciliant, il me demande seulement de remplir les
papiers officiels. Il me les présente: tous ont l'entête de l'agent. Je refuse. Il me dit qu'il est obligatoire de signaler son arrivée à la capitainerie du port. Je lui réponds que j'irai, le
lendemain, à la capitainerie, et l'on part en ville. Les douaniers ne sont pas intervenus. Je crains que, au moment de partir, ils ne me mettent des bâtons dans les roues: çà n'a pas été le cas,
au contraire. Une ou deux fois par semaine, la vedette de la douane venait du nouveau port, arrêtait près de notre bord et nous demandait si tout allait bien, si l'on envisageait de partir. Après
un mois d'escale, on décide de lever l'ancre le samedi suivant. Dans la rue, le jeudi, un homme en djellaba nous accoste: « vous voulez partir samedi? . C'est impossible, vous devez
avoir une clearance et la capitainerie sera fermée demain. » Qu'à cela ne tienne, on prend immédiatement un taxi, une heure plus tard, on est en règle, le capitaine du port lui-même nous a
rempli notre clearance, c'est gratuit.
On s'est fait remuer un peu, dans ce port, mais ça a été une belle escale. On s'était mis sur deux ancres, une avant et une arrière,
pour rester le nez à la houle qui entrait. Une fois par semaine,environ, la houle forcissait et une ancre dérapait, mais c'était supportable. Petit problème, une mosquée à cent mètres, première
prière à cinq heures du matin. On s'y fait. C'est une ville avec peu de tourisme, on y a été bien accueillis.
Un jour sur deux, on allait au marché, et on en profitait pour manger dans un restaurant ouvrier: un plat unique, riz ou spaghettis,
poisson ou poulet, pour un à deux euros. Pour les spaghettis, une fourchette. Pour le riz, on mange avec les mains.
Difficile d'avoir des nouvelles, dans cette ville: le téléphone portable ne passe pas. Difficile de communiquer aussi, très peu de
gens parlent anglais.