Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /Déc /2009 09:57

Ceci est le premier article de votre blog. Il a été créé automatiquement pour vous aider à démarrer sur overblog. Vous pouvez le modifier ou l'effacer via la section "publier" de l'administration de votre blog.

Bon blogging

L'équipe d'overblog

PS : pour vous connecter à votre administration rendez-vous sur le portail des blogs overblog

linkamazon.fr quatre mers et deux océans

Par Jean Louis VINCENT
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /Déc /2009 10:35
linkty mor (248)




La retraite de sapeur pompier sonnée, à 55 ans, Christiane et moi on embarque sur Ty mor, notre évasion 34 pour six années de vagabondage. le seul objectif, Morlaix dans le nord Finistère, la route et le temps n'ont pas d'importance.
Après un hivernage à Bizerte, en Tunisie, on décide de mettre du sud dans notre cap avant l'hiver suivant, mais par où sortir? Gibraltar ou Suez? Gibraltar, c'est la route que tout le monde prend: on essaie l'autre.ty mor (1)


51wrXd-65kL._SL500_AA240_.jpg
Le voyage de Ty Mor a fait l'objet d'un livre, Quatre mers et deux océans.
 
Par ty mor - Publié dans : voyage
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 13 décembre 2009 7 13 /12 /Déc /2009 17:12
ty mor (47) 

Nous quittons la Crète et l'Europe le 23 octobre 2004 pour Port Saïd, l'entrée du canal de Suez, trois jours et trois nuits pour effectuer 417 miles. L'après midi du troisième jour, je me rends compte que l'on ne sera pas avant la nuit à Port Saïd. Or, les instructions nautiques déconseillent d'y entrer de nuit: trop de trafic et les feux du chenal sont difficiles à trouver dans les lumières de la ville. Je décide de faire escale dans un port situé une trentaine de miles plus à l'ouest, Damiette. C'est un port de commerce, je trouverai bien un coin pour jeter l'ancre une nuit. Entrés dans le port, que des quais avec des cargos ou pétroliers. La capitainerie m'appelle par radio: d'où venez-vous, où allez-vous. J'explique que je suis fatigué, que je veux mouiller l'ancre pour la nuit et partir le lendemain matin sans descendre à terre. On me demande le nom de mon agent. Je n'en ai pas, bien sûr, je réponds que je vais le prendre à Port Saïd. Refus catégorique, on m'interdit de rester là, je dois aller à Port Saïd. Grosse déception, on sort du port vers quatre heures de l'après midi, on a 35 miles à parcourir. Je n'ai pas envie de faire des ronds dans l'eau pour attendre le jour, on y va.

Arrivés dans le chenal, à quelques milles de l'entrée du canal, j'ai du mal à me situer exactement. Heureusement, la position GPS est juste. Mais on ne voit pas les feux des bouées dans les lumières de la ville, et, si on sort du chenal, on risque l'échouage. Je suis à la barre, dans le cockpit, l'ordinateur allumé avec Maxsea. J'essaie de me situer par rapport aux balises, quand un cargo me dépasse par tribord, à quelques mètres de moi: impressionnant. Lui, il a un pilote à bord et il rejoint le convoi pour descendre le canal. J'essaie de mettre un peu tribord juste derrière lui: pas le temps, un autre arrive aussitôt. Je le laisse passer par mon tribord, un autre nous croise au même moment, on est tout petit et lent entre ces monstres, ça fait peur. On arrive à s'approcher des bouées. Un quart d'heure plus tard, une vedette arrive en face de nous, nous braque deux gros projecteurs: je suis aveuglé, j'arrête. C'est un bateau pilote. Il stoppe à quelques mètres de nous. Un homme est sur le pont. Il me réclame du whisky. Même en anglais, on détecte l'accent arabe. Je n'ai pas de whisky, ou plutôt, je ne veux pas lui en donner. Il me réclame un bakchich. Je lui demande en quel honneur je dois lui donner quelque chose, est-ce qu'il va me guider jusqu'à la marina. Il me répond que je dois lui donner un bakchich parce que j'arrive. Je l'envoie sur les roses. Ils éteignent le projecteur et repartent à leur cargo. Je poursuis ma route en rasant les bouées. Les cargos me croisent et me dépassent toujours sans arrêt. On arrive en ville. On tourne au ralenti. Devant nous, des bacs traversent sans cesse. Je ne sais pas exactement où je dois aller. Sur notre tribord, un quai désert, séparé de la ville par un haut grillage. Je vais accoster pour la nuit, ce sera plus facile de trouver de jour. On est stoppés, on prépare nos pare battages quand une petite vedette nous approche: « Follow me » suivez moi, et de faire route sur la rive bâbord du canal. On était juste en face de ce qu'ils appellent la marina. Un endroit où l'on se met cul à quai et où l'on se fait secouer à chaque passage dans le canal, c'est à dire sans arrêt. A peine amarrés, il est onze heures du soir, les gens de la marina sont à bord. On nous propose un agent: Félix, le plus important et à peu près le seul maintenant. On nous prend nos passeports pour le visa et on me demande si j'ai besoin de quelque chose: il me faut 16O litres de gasoil et un pavillon égyptien. On mange et on se couche, mais vers minuit, on frappe: c'est nos passeports avec visas égyptiens. On se recouche, et une heure plus tard, on frappe: c'est le gasoil. Je leur exprime mon mécontentement, après cinq jours en mer, j'ai envie de dormir, mais ils répondent que pour eux, on travaille jour et nuit. D'ailleurs, ils me demandent si je veux passer le canal avec le convoi du lendemain matin. Non, je ne suis pas pressé, j'attendrai le jour suivant, maintenant je veux dormir!!! Ils me laissent donc en paix. Le lendemain, un bateau pilote accoste le ponton près du nôtre. Un homme en descend, regarde Ty Mor, sort un papier de sa poche, demande un crayon à un collègue et entreprend de dessiner nos superstructures. On m'a dit que le jaugeur devait passer pour évaluer notre bateau et savoir s'il pouvait nous autoriser à passer. Je pensais qu'il allait regarder l'état du moteur, car on doit être en mesure de naviguer à cinq noeuds au moteur pendant ces deux journées. Rien de tout cela, il m'a seulement demandé mon tirant d'eau. Il y a 19 mètres d'eau dans le canal, quelle importance. La longueur, utilisée en général pour établir un prix, çà ne l'intéresse pas. Après quelques minutes à nous regarder, il me demande si j'ai un cadeau. On m'avait prévenu que l'on nous réclamerait des paquets de Marlboro en guise de bakchich, je lui en offre une cartouche. Il refuse en me disant: « no, I want a present » non, je veux un cadeau. J'ai quelques jolis sweat-shirt, je lui en offre un qui semble lui plaire. Heureusement pour moi, j'ai compris plus tard qu'il décide du prix de façon complètement arbitraire, je pense en fonction de la valeur du cadeau. Une vedette à moteur de 15 mètres qui à passé quelques semaines avant nous n'a payé que deux cents dollars: le capitaine, un Luxembourgeois, à demandé à rencontrer le capitaine de la marina de Port Saïd en disant qu'il écrivait un livre sur le passage du canal de Suez. Un voilier de 12 mètres, une ou deux semaines après nous, a payé 1000 dollars: son bateau est neuf et le capitaine est tiré à quatre épingles. Pour nous, bateau de 10.50 mètres, on a payé 400 dollars.

Quelques heures plus tard, on vient me chercher: un guide doit m'emmener chez mon agent. Il est sur l'autre rive, en ville. Pour traverser, on prend le bac, gratuit. Ils sont une dizaine à faire des allers-retours incessants. En bas de l'immeuble, la limousine du patron. On est introduit dans des bureaux immenses et plus luxueux que tout ce que j'avais pu voir en France. Le patron me reçoit, m'offre le thé, m'explique comment va s'effectuer notre passage, avec pilote à bord. Il m'explique que les pilotes sont salariés, mais qu'il est de coutume de leur donner un billet à l'arrivée: pas plus de dix dollars. Il me présente la facture: la moitié pour le passage lui-même et l'autre moitié pour les services: agent, services sanitaires qui auraient dû nous contrôler, douane, visas. Pour ce prix là, on a droit à un cadeau: une chope pour moi et une bougie déco pour madame. Le pilote se présentera à bord le lendemain matin à neuf heures.

Le lendemain, à huit heures et demie, on est parés. Mais à neuf heures, à dix heures, à onze heures, toujours pas de pilote. Je suis un peu inquiet, mais le personnel de la marina me rassure: « il va arriver » Il arrive effectivement à onze heures et demie. Il réclame une cartouche de cigarettes pour l'équipage qui l'a amené. Je lui donne trois paquets, l'équipage me regarde de travers, tans pis. On largue immédiatement les amarres, et il me dit: 

«  vitesse à sept noeuds, je prends la barre »

« prends la barre si tu veux, mais la vitesse sera cinq noeuds, le règlement du canal n'exige pas plus »

«  si on ne fait que cinq noeuds, on n'arrivera pas avant la nuit » .

«  ce n'est pas grave, je ne suis pas pressé » .

- oui mais la police risque de nous arrêter avant Ismalia.
«  pour moi ça ne pose pas de problème ».

«  oui mais moi je veux rentrer ce soir ».

«  Il fallait partir plus tôt ce matin ».

« J'avais autre chose à faire ».

Et, pendant cette conversation, il pousse la manette des gaz à fond. Je réduis aussitôt et règle soigneusement la vitesse à cinq noeuds, en lui disant: «  si le moteur casse, c'est moi qui paie, c'est moi qui aurai les problèmes, et on arrivera encore plus tard, alors, ne touche pas à cette manette. Il me fait la gueule, il essaie une nouvelle fois une heure plus tard alors que je suis descendu dans le carré, je le rappelle une nouvelle fois à l'ordre, puis il a compris, tout ce passe bien.

On arrive effectivement à Ismalia alors que la nuit est tombée depuis une heure. D'un seul coup, j'entends crier en arabe derrière nous. Le pilote ne réagit pas. Je coupe les gaz et lui demande ce qui se passe. Il appelle en arabe, on lui répond, puis je vois approcher une petite barque avec deux hommes. Ils étaient en train de poser un filet, sans lumière, et on a pris leur bouée dans l'hélice, on est en train de les remorquer. Le pilote me demande un couteau, descend dans la jupe et coupe leur orin derrière nous, quelques minutes plus tard, on est amarré.

On descend le canal de Suez, 190 kilomètres en deux jours. Il n'y a pas d'écluse, la mer Rouge et la mer Méditerranée sont au même niveau. Les cargos, porte-containers et autres gros bateaux passent en convoi, une fois par jour. Environ 80 bateaux dans un convoi. Mais nous, les petits bateaux, nous passons hors convoi, avec un pilote à bord. Tous les quatre ou cinq kilomètres, un poste militaire de contrôle. Le pilote annonce en arabe son nom et le nom du bateau. Les militaires vérifient leur liste; si l'on est prévu pour le passage du jour, pas de problème. On croise un convoi, on se trouve à quelques dizaines de mètres des monstres, porte containers contenant l'équivalent de plus de mille remorques de camions.

Arrivés à la sortie du canal, à Suez, on reste une semaine, le temps de se familiariser avec l'Égypte. Dans cette ville, pas de touristes, mais on est frappés par la pauvreté. Dans certains quartiers, on n'ose pas sortir l'appareil photo, on a l'impression de ne pas être à notre place, on est gênés. On nous interdit beaucoup, d'ailleurs, de prendre des photos.

On navigue enfin en mer Rouge. Premier mouillage devant une plage de rêve, près d'un hôtel désert, côté Sinaï: on arrive quelques mois après l'explosion d'une bombe dans un hôtel, à quelques centaines de kilomètres de là. Premier bain en mer Rouge, dans une eau à 27 degrés, on est le 9 novembre. Après une navigation de 24 heures, on arrive enfin dans une marina super moderne, à El Gouna, ville de touristes bâtie quelques années plus tôt, à 30 kilomètres au nord de Hurgada. Le bateau restera là six mois. Pendant quatre mois on visite: les bords du Nil, le temple de Karnac, Le Caire, les pyramides, safari dans le désert, le programme est chargé. Entre deux visites, plongée sur le platier, découverte des premières patates de corail, des poissons tropicaux. D'autres bateaux hivernent là: un couple d'Anglais, un couple de Belges, un couple d'Allemands. Réveillon de Noël sur le bateau anglais, réveillon du jour de l'an sur le nôtre, bonne ambiance: les carrés sont un peu juste pour huit personnes, mais on se serre. On parle beaucoup anglais, un peu français. Pendant deux mois, on quitte le bord et on prend l'avion pour la France, où l'on va rendre visite aux enfants et à la famille.ty mor (43)

 

Par ty mor - Publié dans : voyage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /Déc /2009 02:55
 

ty mor (76)A la mi avril, on arrive au Soudan. A terre, c'est le désert de Nubie, en mer, c'est la côte des marsas. Une marsa, c'est une entrée de rivière qui ne coule plus: il n'y a plus de pluie dans cette région. On pénètre en terre de plusieurs kilomètres. Il faut arriver au plus tard en début d'après midi pour ne pas entrer avec le soleil en face. Il faut trouver la passe au milieu du platier de corail, et trouver le chemin au milieu des patates de corail. On trouve jusqu'à un mile de différence entre ce que donne la carte et la réalité. Quand le bateau est mouillé, au milieu du désert, c'est sublime:du pont du bateau, on regarde les poissons tourner autour de l'ancre jusqu'à une dizaine de mètres de profondeur, poissons de toutes couleurs, raies bleues... De temps en temps, un troupeau de chameaux passe le long de la berge. Dans chaque marsa, un couple d'aigles au nid impressionnant, parfois deux mètres de hauteur. Contrairement à l'Égypte, plus aucun contrôle.

On est dans marsa Gwilaib depuis trois jours. C'est une marsa où vivent encore quelques dugongs. Dès la tombée de la nuit, on entend de grands bruits dans l'eau, parfois très près du bateau: est-ce que se sont les Dugongs? On essaie d'éclairer avec la torche, on ne voit jamais rien. On ose à peine se baigner. Enfin, juste après le lever du jour, on voit: un banc de poissons entier qui saute hors de l'eau. Des requins ou autres prédateurs cherchent leur repas. On passe notre temps à ramasser des coquillages, approcher les chameaux, et à lire. Le quatrième jour, six heures du matin, des cris d'enfants. On prend notre café, on embarque dans l'annexe et on va voir. On charge le sac à dos de bonbons et de quelques boites de médicaments. Une tribu a fait arrêt à un kilomètre de nous. Les hommes et les enfants sont en djellaba, les femmes sont habillées de vêtements très colorés, voilées seulement le bas du visage. La plus ancienne a une grosse boucle en or dans une narine. Ils élèvent des chèvres et des chameaux et vivent en suivant le troupeau. Ils profitent du bord de mer pour chercher des coquillages et pêcher. Ils viennent à notre rencontre. Hélas, aucun ne parle anglais, seulement arabe ou dialecte. On distribue les bonbons, quelques stylos. On donne quelques boites de cachets contre la douleur et la fièvre au chef de la tribu. Aussitôt, il en donne à une jeune femme et à un bébé qui ont de la fièvre depuis deux jours. Ils pensaient que le bébé allait mourir. Quelques heures plus tard, le bébé va mieux. On est monté presque au rang de leur dieu. Le chef m'offre, solennellement, son épée. L'épée, c'est la fortune de la tribu. Quand le chef part en ville, il met la djellaba blanche immaculée et l'épée à sa ceinture. J'accepte le cadeau, on ne peut pas refuser, mais je suis très gêné. J'admire cette épée, puis j'explique au chef que les armes sont interdites à bord. Je risque de me la faire confisquer par la douane. Il est préférable qu'il la garde. Deux enfants d'une dizaine d'années sont aveugles: ils jouent, se baignent comme les autres, en se guidant aux voix. On nous installe sur une couverture à l'ombre de la falaise. Le pain cuit déjà dans le sable. La femme du chef torréfie quelques grains de café dans une petite gamelle avec un manche en bois, sur quelques braises des rares branches trouvées aux alentours. Ensuite, les grains sont mis dans le pilon, broyés, mis dans la cafetière en aluminium, de l'eau du bidon de vingt litres, et chauffé sur les mêmes braises. On nous sert le café dans un tout petit verre, très sucré. Heureusement que notre organisme s'est habitué, tout l'hiver, alors que l'on buvait l'eau du robinet partout où l'on passait. Le pain est sorti du sable et coupé en morceaux. Le chef pêche un beau poisson. On est invité à manger le midi. On retourne au bateau chercher des habits d'enfants, des médicaments et des babioles pour faire des cadeaux. Quand on revient, le riz est en train de cuire: dans une grande gamelle, deux oignons émincés, du riz, de l'eau, du sel, et le poisson. On est servis en premier, tout le monde nous regarde manger. Pas de fourchette, on mange avec les mains. Le pain est bon, pas bien levé, mais, à notre grande surprise, pas un grain de sable. Le chef regarde mon masque avec envie: le sien est percé; il cherchait des coquillages dans les trous d'une patate de corail, un gros barracuda était embusqué et l'a mordu au visage. Les crocs sont entrés dans une joue et dans une arcade sourcilière et le masque a été percé. Je finis par lui en faire cadeau.

ty mor (74)
Par ty mor - Publié dans : voyage
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /Déc /2009 03:03
 

ty-mor--88-.jpgOn arrive le 25 avril à marsa Fidjab. Surprise, à peine l'ancre mouillée, on voit arriver dans un canoë un grand Noir hirsute, sale, qui parle correctement anglais: "je m'appelle Shérif, j'habite le village, je vous souhaite la bienvenue, et je vous offre six oeufs". Le cadeau est royal, on n'a pas vu un magasin depuis 20 jours, notre petit frigo ne fonctionne pas bien et on n'a plus de produits frais. Quelques heures plus tard, on débarque pour visiter le village: cinq cabanes en planches et bâches, autour d'un puits d'eau saumâtre. Shérif est en train de donner à boire aux six chameaux du village. Il nous invite à prendre le café. Pas de porte ni fenêtres, quelques ouvertures. On s'assoit sur le sol, le sable recouvert de nattes. Au centre de la pièce, un petit tas de charbon de bois pour chauffer le repas. Pas de meuble, quelque gamelles, quelques habits. Deux petites pièces pour une famille de six personnes. Shérif va chaque mois à Port Soudan faire les courses, à dos de chameau: une journée pour aller, une journée pour les courses, une journée pour revenir, cinquante kilomètres de piste. Le plus grand des garçons, 12 ans, va à l'école. L'état nourrit le midi les enfants scolarisés. Il part le samedi matin en chameau avec son père, à trois heures de piste. Il reste la semaine chez une tante et revient à la maison le jeudi soir, fin de semaine pour eux.

Shérif revient le soir à bord. Il sait que l'on a de l'alcool. Il nous demande une lampe torche: çà tombe bien, j'en ai trois à bord, je lui en donne une. Après quelques apéritifs, il me demande si je n'ai pas un poste-radio. Il a de la chance, on a un vieux transistor que l'on n'utilise plus, avec lecteur de cassettes. On met des piles, on reçoit radio Port Soudan. Il est heureux, il nous dit: "maintenant, je suis le plus riche du village, je suis le seul à avoir la radio. Il nous promet un poulet pour le lendemain midi, et une douzaine d' œufs. Le lendemain, à dix heures, je pars chercher quelques coquillages pour le repas, ne croyant pas trop au poulet. A onze heures, Shérif arrive avec son canoë. Il a, entre ses jambes, une magnifique poule naine... vivante. Je lui dit que je la voulais tuée, il me dit: "pas de problème, prête moi un couteau, il va à terre et revient un quart d'heure plus tard avec la volaille prête à manger. Il s'installe dans le carré et demande à regarder les photos sur ma télévision: les photos du voyage et de France sur l'ordinateur. Sa poule naine nous fait tout juste un repas pour trois, mais impossible de casser un os avec ses dents!

C'est le long de cette côte des marsas que notre voyage a commencé à prendre un sens: des villages pauvres accessibles seulement par une piste. Des gens qui se lèvent le matin sans savoir s'ils auront quelque chose à mettre dans leur gamelle pour le repas. Des enfants qui savent déjà, à moins de dix ans, trouver la nourriture qui leur permettra de subsister. Des villages où les aides alimentaires n'arrivent jamais, mais qui demandent seulement qu'on les laissent vivre en paix dans leur désert.


ty mor (91)
Par ty mor - Publié dans : voyage
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus